Placements en Ehpad : un manifeste qui ne prend pas en compte toute la réalité

Publié le par Réseau inter CVS 91

« Eviter le naufrage de la grande vieillesse » est le titre du dossier consacré par le journal Libération du 26 mai 2017 à propos « du placement de plus d’un tiers des résidents en maison de retraite contre leur gré ».  Cette information met en avant un manifeste de plusieurs personnalités pour lancer un débat sur la question du très grand âge et « le sort des personnes dans les établissements où elles ne voient plus d’avenir »

L’intention du manifeste « Pour une vieillesse libre et assumée jusqu’au bout de la vie ! » est louable et partagée, mais elle n’intègre pas toutes les contraintes qui pèsent sur les personnes concernées et leurs proches aidants. 

 

Plusieurs problématiques sont ainsi absentes de ce manifeste :

  • La perte d’autonomie revêt une diversité de situations qui appellent des réponses différentes. Le maintien à domicile pour des pathologies lourdes et invalidantes devient le plus souvent insupportable ou intenable .
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  • La progression des multiples pathologies et des troubles cognitifs des personnes âgées restreint leur choix, leur liberté et leur participation.
  • Les personnes en perte d’autonomie arrivent en Ehpad à un âge de plus en plus élevé (plus de 85 ans), parfois proche de leur fin de vie.
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  • Le développement de la mise sous tutelle, personne de confiance… est une protection des personnes âgées. Le placement résulte donc de plusieurs avis, expertises, dans l’intérêt de la personne et de ses proches.
  • Les charges psychologiques, sociales et financières pour les proches aidants qui assurent 77% du temps d’accompagnement à domicile, souvent pendant des années ont des conséquences sur leur santé, leur vie professionnelle, sociale et familiale. 
  • Le coût financier pour la personne âgée et sa famille d’un véritable accompagnement à domicile. Lorsque 24h sur 24h s’imposent, cela représente environ 15 000 euros par mois. Sachant que l’APA est plafonnée autour de 80h par mois.
  • En établissement, le reste à charge financier excède très largement le niveau moyen de la pension de retraite. En conséquence le maintien à domicile est un choix par défaut faute ne pas pouvoir payer les prestations. Cela est source de conséquences pour toute la famille. 
  • La lourdeur de la gestion administrative, médicale (prise de rendez-vous etc..) et des multiples intervenants professionnels à domicile qui incombe le plus souvent au proche aidant familial
  • L’inadéquation à domicile et en établissement des moyens au plan qualitatif et quantitatif. Les personnels sont insuffisamment formés, expérimentés et reconnus, avec de faibles rémunérations et pas assez nombreux.
  • L’impact de la loi vieillissement sur le domicile et pour les proches aidants et ses difficultés d’application dans les départements.
  • L’attente d’un second volet de la loi pour les établissements et un financement basé sur solidarité nationale (sécurité sociale – 5éme risque ) à la hauteur de la grande perte d’autonomie  engendrée par les maladies deviennent urgents
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  • Le faible développement et l’absence de structures d’habitats intermédiaires médicalisés entre le domicile et l’Ehpad

 

Oui, toute personne aspire à finir ses jours chez elle. Oui, le placement s'effectue souvent dans l'urgence et pas de gaité de coeur.  Mais, l’Ehpad n’est ni l’enfer, ni le paradis, c’est un lieu de vie qui reste à transformer vu l’évolution des pathologies et du profil des résidents y entrant aujourd'hui.

Des premières mesures pour le maintien à domicile ont été franchies avec la loi d’adaptation de la société au vieillissement de sa population.

Une nouvelle étape est attendue à la hauteur du grand âge et de la perte d’autonomie invalidante.

Oui, notre société doit offrir des réponses diversifiées et  ambitieuses dans une approche solidaire.

 

 

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