Corine ergothérapeute pendant 12 ans en Ehpad

Publié le par Réseau inter CVS 91

Corine Quezin a exercé le métier d'ergothérapeute dans un Ehpad public de la Vienne de 120 lits. Elle raconte ici le plaisir qu’elle a éprouvé à améliorer le confort des résidents et des salariés

« Mon travail consistait en majeure partie à accompagner la personne âgée dans son nouveau lieu de vie , lieu de vie où l'on se soigne et non lieu de soins où l'on vit. J' améliorais le positionnement des personnes très dépendantes, je proposais des solutions adaptées, j'achetais du matériel médico-technique de confort, par exemple un matelas, un fauteuil roulant ou des coussins de positionnement ... Ou encore je vérifiais que les conditions du transfert du lit au fauteuil, du fauteuil aux toilettes et à la douche se fassent en toute sécurité. Il est aussi essentiel de s’assurer que l'établissement  puisse accueillir une nouvelle personne, dans le respect de son passé et de sa personnalité. Il s’agit à chaque fois, de découvrir avec elle, et avec sa famille, son ancien environnement : ses repères dans l'espace, dans le temps, ses habitudes alimentaires, vestimentaires, d'hygiène.... Mais aussi ses centres d’intérêts : spirituels, familiaux, culturels…

Repérer les leviers de la personne accueillie

Ensuite, il faut répondre au mieux à ses attentes, observer ses besoins et connaitre ses réticences, ce qui exige de veiller à une certaine souplesse de la part des équipes de soins et du collectif.

Autre mission, étudier les leviers dont dispose la personne pour faciliter son adaptation. Par exemple, si elle aime lire son journal tous les matins vers 10h00, il faudra vérifier que le courrier postal soit distribué, que sa toilette soit faite pour cette heure. Tout un maillage d'informations est à mettre en place pour garantir la meilleure adéquation entre la personne et l’établissement. Ce travail ne peut être que collectif, chaque membre de l'équipe y a sa place entière et active, c'est l’équipe qui assure la cohérence de l'accompagnement thérapeutique.

Concernant la famille, il s’agit d’aider à ne pas culpabiliser, d’être à son écoute. De « démêler des nœuds » avec les familles ou au sein des familles qui parfois perturbent leur parent et mais aussi la relation du résident avec l'établissement . Une famille qui vient voir son parent avec plaisir lui transmet son aussi son plaisir !  Dans notre établissement la relation entre le résident , sa famille et les professionnels s'est nettement améliorée grâce à ce travail réalisé en équipe avec la direction, le médecin coordonnateur et l’infirmière coordinatrice.

Être soucieux de l’environnement du résident et de l’établissement

Un autre objectif important est de rendre l'établissement « visible et présent » dans la vie de la commune. À l’Ehpad Théodore Arnault de Mirebeau, le service d'animation a réalisé un énorme travail pour casser l'image d'hospice et devenir un lieu de vie ouvert , partie prenante de la vie culturelle de la commune . Les résidences d'artistes, le Téléthon, des évènements sportifs, la Semaine bleue… ont amené les habitants de la commune à passer de bons moments au sein de l'Ehpad. Quel résultat ! La vie sociale de l'établissement fait partie intégrante du projet d’accompagnement personnalisé des résidents, c'est un tout.

Nous avons aussi mis en place des réunions de « quartiers » pour chacune des 6 rues (services),à raison de 2 réunions par an et par quartier. Les familles étaient invitées. Cet environnement de proximité facilitait une bonne expression collective. Tous les sujets de vie communes étaient abordés avec l'animatrice, l'ergo et la présidente du CVS et, si besoin un(e) invité(e), par exemple une lingère. Ces réunions permettaient de désamorcer des problèmes de vie commune et de préparer les Conseils de la Vie Sociale.

Médiatrice au sein du CVS

Je participais au CVS comme représentante du personnel. La connaissance et les relations établies avec les familles, les résidents, les équipes me conféraient un rôle de médiatrice reconnue et engagée. Cette instance est officiellement le seul lieu d'expression des « usagers ». Il ne doit pas se réduire à un lieu de plaintes, comme c’était le cas lors de sa mise en place, mais doit être un lieu d'échanges constructif et rassurant pour les résidents. Le ou la présidente du CVS – un(e) représentant(e) des résidents toujours - prenait son rôle très au sérieux. Pour l'anecdote, je me souviens d'un président qui avait été embrassé par Mireille Darc et Mme Chirac lors d'une remise de dons des pièces jaunes sur Poitiers. Ce Monsieur a bien failli trépasser dans les bras de l'actrice !

Le confort du résident et du salarié

Et enfin, qui dit confort du résident dit aussi confort du salarié. Mon travail consistait donc aussi à améliorer les conditions de travail des équipes. Le syndicat m'a nommée pour mettre en place le CHSCT de l'époque. Quelle aventure passionnante !

Quelles belles années, riches d'émotions, riches d'humanité, faites de milliers de petits moments émouvants de partage qui restent gravés ! Comme l’affirme le sociologue Michel Billé dans La chance de vieillir[i] « Regardons le vieillard non par rapport à son utilité, réelle ou supposée, mais bien par rapport à la fonction qu'il assume encore, si nous savons la lui reconnaître... » 

Merci Corine

[i] L’Harmattan, 2004

Corine ergothérapeute pendant 12 ans en Ehpad
Corine ergothérapeute pendant 12 ans en Ehpad
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