L’Inter CVS à l’écoute de la vie en Ehpad
Tous les samedis après-midi, depuis le début de l’épidémie, des visioconférences sont organisées par notre réseau avec les élus de CVS pour échanger sur la situation dans les Ehpad de l’Essonne. Ces rencontres sont bien appréciées pour comparer, trouver des idées et des conseils. Elles complètent la remontée des informations des CVS par mails et téléphone. La crise sanitaire est au cœur de la communication entre membres de CVS. Voici le compte rendu de nos séances du 25 avril 2020. En annexe, l’exemple d’un protocole d’accueil des proches, l'avis d'un CVS et auto-questionnaire type pour les familles visiteuses.
Communication
Une présidente de CVS continue de déplorer un manque de communication de la part du directeur de son Ehpad : informations rares, jamais spontanées, évasives, ce qui est source d’inquiétude pour les familles, surtout lorsqu’elles savent qu’il y a des décès dans l’établissement. La majorité des représentants des CVS présents apprécient au contraire une évolution du dialogue régulier et franc avec leur direction. Il arrive parfois que, dans le même groupe, un directeur communique mieux qu’un autre. S’appuyer sur cet exemple. Ailleurs, plusieurs élus s’appuient sur les informations qu’ont les familles par leur proche et par le personnel. Cela leur permet de compléter l’information de la direction sur la vie des résidents dans l’établissement. Les résidents connus qui ont toutes leurs facultés intellectuelles sont une autre source d’information.
Le développement d’informations hebdomadaires plus transparentes, adressées à toutes les familles (courriel, journal, site de l’établissement) est noté. Les Ehpad de statut associatif sont plus exemplaires.
La communication individuelle avec les familles se poursuit, via le téléphone, Skype ou WhatsApp. Elle est chronophage pour le personnel. Une élue de CVS a été privée de séance Skype avec sa mère, sous prétexte que celle-ci avait le Covid : l’animatrice ne voulait pas rentrer dans sa chambre de peur d’être contaminée Il faut insister, lui est-il conseillé.
Etat des lieux de la pandémie et tests
Il semble qu’il n’y ait pas eu de nouveaux cas de Covid récemment parmi les résidents. Les décès s’échelonnent de 0 à 21 (Bures-sur-Yvette) dans l’Essonne. La plupart des résidents malades sont guéris. Partout, des tests PCR sont effectuéssur les résidents et le personnel, pour vérifier s’ils sont ou non porteurs du virus et donc contagieux au moment du prélèvement (ces tests n’indiquent pas, en revanche, si la personne est immunisée). Ils sont achevés dans certains établissements, en cours dans d’autres ou vont être réalisés la semaine prochaine ailleurs. Un élu demande si les familles seront informées des résultats. Ce n’est pas obligatoire, lui est-il répondu, sauf si le résultat est positif. Ailleurs, le plus souvent, toutes les familles sont ou seront informées.
Manque de personnel
La situation est très variable d’un établissement à l’autre. Ici, il manque 50% du personnel (malade ou absent pour raisons de garde d’enfants ou encore par peur), là, il ne manque quasiment personne : le personnel contaminé mais guéri est revenu, il est fait appel à des vacataires, à la réserve sanitaire (élèves infirmiers) ou à la sécurité civile. Un élu demande pourquoi on ne fait pas appel aux bénévoles qui proposent leurs services, sous réserve qu’ils soient testés négatifs : ils pourraient s’occuper des appels Skype, encadrer les visites et les sorties en jardin. C’est risqué, estiment certains.
Visites des familles
Suite aux directives du Ministère des solidarités et de la Santé du 20 avril, certains établissements ont déjà ouvert leurs portes aux familles, en respectant strictement les consignes et, notamment, les distances de sécurité. D’autres préfèrent attendre les résultats de leurs tests. Un directeur, qui n’a pas eu de décès dans son établissement, y est hostile.
Dans beaucoup d’Ehpad, les visites ont lieu ou sont prévues dans le jardin, deux tables séparent, si besoin, le résident de ses proches. Les visites sont limitées à deux personnes par résident, 15 minutes maxi. Ailleurs, c’est une personne par résident et 30 minutes. Certaines visites ont lieu dans les Sas des portes d’entrée, d’autres dans la salle à manger, désertée en ce moment, d’autres encore sous un barnum dans le jardin.
Il faut prendre rendez-vous à l’avance, pour éviter que plusieurs familles se croisent et quelquefois remplir un questionnaire de santé où l’on certifie ne pas avoir eu de symptômes du Covid les 15 derniers jours et parfois également, une charte de bonne conduite, où l’on s’engage à respecter les consignes de sécurité, à être courtois avec le personnel. La température du visiteur est généralement prise à son arrivée pour vérifier qu’il n’a pas de fièvre.
Ces visites étant limitées au nombre de quatre par jour dans un Ehpad, un élu pense qu’il va falloir des mois pour que toutes les familles puissent voir leur proche. Mais de nombreux résidents ont malheureusement été habitués à ne plus avoir des visites pendant des mois. Leur souci est dans ce cas, est de pouvoir se retrouver les autres résidents qui leur sont familiers
Les élus ayant déjà visité leur proche disent tout le bien, moral, que cette visite leur a procuré à chacun. Ils reconnaissent également la surcharge de travail que cela entraîne pour le personnel, souvent en sous-effectif, épuisé. Certains craignent que ces visites empiètent sur les autres activités, entre autres sur les sorties dans le jardin, les séances Skype, les éventuelles animations collectives qui vont, on l’espère, reprendre pour les résidents testés négatifs.
Dans un établissement, la direction a demandé au CVS de valider et de soutenir son protocole d’accueil des proches, pourtant très strict et conforme aux directives du Ministère. Elle craint que certaines familles soient hostiles à cette ouverture, susceptible selon elles de « faire entrer le loup dans la bergerie » et que d’autres, à l’inverse, trouvent les conditions trop draconiennes. La présidente a fait circuler le projet parmi les membres du CVS pour en discuter. En pièces jointes : l'avis du CVS d'Europa, le protocole pour les visites et l'auto questionnaire à remplir pour les visiteurs.
Fin de vie
Ces visites sont encore plus précieuses, notent des élus, lorsque le résident est en fin de vie, pour lui comme pour ses proches. Ils ont constaté, sur place, le respect des consignes de sécurité, mais aussi la qualité de la prise en charge de leur parent, y compris psychologique, et du travail en équipe. L’un d’eux estime que c’est une mauvaise idée d’obliger les résidents malades à quitter leur chambre, où ils ont leurs repères, pour les installer dans une aile séparée.
Fonctionnement du CVS
Dans nos précédents échanges les samedis, l’utilité et le besoin du CVS ont été ressentis. Une direction a proposé un CVS sur Skype. Des élus de CVS échangent entre eux par téléphone et avec leur réseau de familles. L’ARS qui suit nos travaux demande aux directions d’Ehpad d’informer et de consulter leur CVS. L’isolement et le confinement de tous incitent aux soutiens mutuels, au dialogue et à des solutions partagées.
Anne Lanchon et Jacques Rastoul